textes

De l'écriture à la sculpture.

Au commencement,l'écriture est passée de l'objet au signe.L'idéogramme représentait le mot d'une manière figurative.

Au cours du temps,il se complexifie et son graphisme évolue pour le plus souvent,ne plus évoquer le mot directement.

Quel mystère recèle l'idéogramme en dehors de sa valeur propre?

L'écriture à base d'idéogramme fait appel à deux significations-l'une esthétique dans le choix,la dynamique,le style des

caractères employés-l'autre liée au sens propre du texte,ces deux composantes n'étant pas dissociables.

A partir de cet aboutissement,le jeu est det trouver dans certains graphismes d'idéogrammes une correspondance avec

son imaginaire,une émotion,et d'en donner une représentation en volume sans rapport avec la signification réelle du 

caractère.

Cette écriture est tracée à l'aide d'unpinceau,les mouvements de la main du scripteur entraînent des pleins et des déliés

qui semblent indiquer des différences de proximités et de lointains.L'idéogramme peut alors sortir du plan de l'écriture

et acquérir une troisième dimension.Le raisonnement inverse nus permet de supposer qu'une sculpture puisse se passer

de la spatialité et revenir à une expression liée à deux dimensions.

Y aurait-il une quatrième dimension;le temps,dont la nature des matériaux employés-marbre,terre,bronze-

déterminerait la destinée       -      Philippe Sivan.    -Nîmes-avril 2002.

 

Vide et haut en trois dimensions.

Philippe Sivan dit:"je rêve avec mes mains..."Ce raccourci somnambulique donne tout son sens à la matérialité du vide.

Depuis le onze septembre,chaque nuit,des faisceaux de lumiére bleue déchirent le ciel de Manhattan et scrutent l'infini,

en redessinant les TWIN TOWERS disparues comme un dessin d'aveugle du réel en creux,la construction impalpable,

aux allures d'installation conceptuelle,relit les contours fragiles de nos certitudes,en écrivant l'éloquence de la vacuité.

Décocher une flèche dans le concept cartésien du plein comme "obstacle"au vide,c'est l'aspiration épicurienne de l'art chez Sivan

Déja en1994,la série rupestre,composée essentiellement de figures tricéphales,de personnages thériomorphes,de stuctures

arborescentes ou radiculées,annonçait l'hallali des successions de plans harmonieux et volumes redondants.

En affirmant sa quête du"tant plein que vide"dans ses excroissances corniculées,l'artiste donnait la parole au vide du"i"grec

des cymes bipares.Riche de ses exploits cynégétiques,l'archer Sivan ne délaissant qu'apparemment l'imagerie forestiére de ses 

emprunts à la faune,poursuit sa recherche des attelles du ciel dans de flamboyants idéogrammes.

A l'instar du calligraphe,Philippe Sivan trace d'ardents traits de lumiére, en courbe et contre courbe,dont les arcs brisés s'articulent

pour déployer dans un mouvement ascendant les antennes du vide.Aujourd'hui,le vide du moule prends corps dans le bronze,

pour écrire les poyphonies d'un larynx demeuré sans voix.

-Pietrasanta   -   03/05/2002    -    Serge Lunal.

 

 

           Philippe Sivan ou l'empire des Signes

 

  Au début étaient l'air,la terre,l'eau,puis vinrent le feu,lefer,le bronze et autres inventions de l'homme.

Encore fallait-il qu'ilsigne son passage éphémère pour laisser naître une culture.

De quelque ob-jet, l'homme ne peut se passer de repréesentations.Le langage se structure alors pour symboliser,à partir du signe,

la trace de son passage,et ainsi les nommer,ce qui sera la marque de l'érotisation du sujet.

Il s'agit,ici de l'objet de l'idée,signe,hors de lui,qui permet ce va et vient incessant de l' extériorité à l'intériorité.

Du dehors au dedans s'établit donc l'adéquation oscillante entr l'élément de nature et l'idée même,permettant son transfert en acte.

      Certains tel Philippe Sivan, vont alors figurer le Corps inscrit dans l'univers, comme une lecture de l'espace et un instrument de

communication. Peu à peu, la trace se fait langue et se constitue l' Histoire .

      " L'idéogramme peut alors sortir du plan de l'écriture et acquérir une troisième dimension " dit-il.On peut cependant penser que

l'idéogramme est aussi par essence construit espace - temps - figure,compromis d'une pré - existence de la forme.

Et de tout temps, l'acte créateur sera cette ponctuation pour une dynamique sexuée, la survie de l'espèce et la permanence du désir.

Pratique primitive ? Retour à la source même ? d'un sculpteur né en Asie qui a perçu,à son insu, le signe objet de ses représentations

dont il fera, plus tard une esthétique.

Riches en rythmes, en lignes, l'idéogramme " correspondance avec l'imaginaire " ajoute-t-il,va prendre forme et volume.

Ce corps, ces corps en étreinte, qui s'éloignent et se trouent d'espaces virtuels,vont alors s'inscrire dans l'univers et "  se lire " .

    Le travail de Philippe Sivan s'apparente ainsi depuis longtemps, sans qu'il puisse lui-même "  le dire ", à une "langue " que nous

 découvrons avec jouissance. Car ce qu'il nous communique, tel le poème, est bien de nature, à partir de signes, à faire sens

fondateur de notre être.

    On peut souhaiter que le sculpteur continue, par la pratique de sa langue à enrichir l'espace vital de l'âme.

 

                                                                                                                  Jean - Marie  Bessuges     - avril  2002-

                                                                                                                                

                                        

                                                                                                    ____________________________________________

 

    

      Entrer dans l'atelier du sculpteur,c'est pénétrer le capharnäum,et,du nom de cette ville de Galilée,en ces temps troublés,il me vient l'idée

de chaos et de naissance.

Apparemment tout est désordre:les dessins,oeuvre premiére,jonchent le sol - le bronze soupesé que la main polit - la terre caressée,surtout celle

aux fesses amandes - le bois facilement érigé tel le totem phallique - la pierre un peu froide et distante - le fer à la raideur qu'une courbe domestique.

Ici ou là,étagères envahies ou socles orphelins d'une précédente exposition,selle ou tournette tâchée d'ocre ou de cire noire,quelques livres d'art,

car,comment créer sans culture,et,toujours,la musique comme un bain amniotique,au milieu de ces couples qui s'enlacent,se déchirent ou fécondent.

Le sculpteur est là,dans sa blouse bleue, achetée à Pietrasanta. Bleu de ,l'ouvrier ennobli par le geste,l'oeil aux aguets,l'esprit vagabond.

Attention au bec bunsen !

Ah! ce masque pour la soudure qui permet de voir,sans l'éclair de l'arc ! Cette dégauchisseuse ! une merveille !

Autres mondes - monde réel ? monde intérieur ?

Ne renversez rien, surtout, car tout s'entend, et s'ordonne dans cette association de pensées que quelques bronzes tentent d'évoquer.

Laissez aller votre imagination !

          Si Einstein a su donner du temps à l'espace, il se pourrait que le sculpteur mette en mouvement ses prropres représentations mentales,

dans ce qui constitue la Pensée même.

Dans l'espace- temps, est la représentation de la chose ; c'est là,la croyance de l'artiste, son atelier, son exposition à l'autre.

Il donne à voir du dehors mais c'est du dedans que "ça travaille " à travers ces lignes de forces, dépouillées du fatras du "comment ça fonctionne".

Et quand l'osier vient à "métamériser" cet intérieur de quelques méridiens invisibles, il me plait de penser à Giuseppe Penone ...

A vous de voir.                       Jean-Marie Bessuges         -         Décembre 2004